Le quotidien est dépassé

Par le 25 juin 2009

Le Chicago Tribune, le Los Angeles Times, le San Francisco Tribune… Ces trois quotidiens, illustres, sont au bord de la faillite.

Même un monument de la Presse écrite, comme le New York Times, doit aujourd’hui sa survie précaire, à la générosité (250 millions de dollars injectés) du milliardaire libano-mexicain Carlos Slim-Helu.

Bernard-Poulet_La-fin-des-journaux_0

La presse quotidienne subit de plein fouet l’explosion médiatique de l’Internet. Les lecteurs s’enfuient inexorablement vers les journaux en ligne, les blogs, les sites alternatifs et par voie de conséquence : les annonceurs aussi. Moins de lecteurs; moins de pub… La spirale infernale est engagée.

Le mouvement d’abandon de la presse papier a commencé aux Etats-unis, et ne tardera pas à toucher la vieille Europe. En France, la multiplication des gratuits (Metro, Direct soir, ou 20 minutes, qui est devenu le premier quotidien national, soit dit en passant) accentue la défaite programmée du quotidien payant.

Le quotidien, c’est Out. Sauf à être gatuit. Parce que les informations, leurs sources, sont déjà présentes sur le web. A l’instant même. Et le plus souvent, libres et gratuites. Chacun peut s’informer, à la seconde, sur tous les événements : des plus simples aux plus singuliers; des plus anecdotiques aux plus marquants; des plus domestiques aux plus philosophiques…
Inutile d’attendre la sortie d’un journal pour savoir « ce qui se passe ».

D’autant que la Toile fourmille d’infos, parfois exceptionnelles, qui alimentent les médias traditionnels : la crise iranienne (spontanée ou orchestrée ? that’s the question 🙂 a été, en grande partie, initiée et exacerbée par twitter. Un précédent qui, à n’en pas douter, se reproduira dans l’avenir : Internet devenant la source principale d’information. Mais surtout, le relais des mouvements sociaux et politiques, eux-mêmes.

Si la fin du XXe siècle s’est confondue à la « société de l’information »; le début du XXIe aura transformé ces anciens lecteurs en nouveaux « info-acteurs » — capables, pour la plupart — de trouver, de vérifier, de comparer les sources d’information et d’en tirer leur propre jugement. Et puis… d’agir.

Inquiétude de la presse

L’inquiétude est grande du côté des quotidiens français, même si tous ont su prendre le virage de l’Internet : Libération (170 000 exemplaires papier) par la voix de son patron Laurent Joffrin, propose une taxe sur les FAI (les fournisseurs d’accès à Internet : Free, SFR, Bouygues,…) pour sauver la presse écrite.
Un article, à ce sujet sur ZDnet.

Le Monde souffre aussi d’une désaffection de ses lecteurs « papier« , mais rassemble le double de visiteurs, quotidiennement, sur son site web (400 000 exemplaires papier; 800 000 visiteurs/jour sur le web).

Le crédit, accordé à la marque papier de ces quotidiens installés, profite, de la même manière, aux informations qu’ils diffusent sur le web, actualisée plusieurs fois par jour, presque en temps réel (au risque de voir les scoops se multiplier et… dans la foulée, démentis dans les heures qui suivent :-(.

Sur le fond, les quotidiens en place ont donc tout à gagner. Leur marque, leur professionnalisme donnent le change : les lecteurs gardent une confiance, encore aveugle, dans la signature de ces tigres de papier (mais… que se passera t-il, une fois, qu’ils auront disparus des kiosques ?). Les quotidiens, de gauche et de droite, par leur co-existence, séculaire et continue, ont fourni des repères. De sérieux, de crédibilité, de liberté ; affichant en grand format, l’exercice d’une vertu démocratique salutaire. Seulement voilà… C’est fini. Les journaux vont disparaître.

La fin des journaux

Le support ne sera plus le papier. Le web, bien sûr; mais les mobiles, comme l’I-phone; ou encore les tablettes numériques qui préfigurent, elles aussi, de nouvelles manières de consommer l’information. Le quotidien papier n’y survivra pas, ou à la marge, c’est une évidence. Pourquoi ? Il est… trop lent. Le quotidien est insuffisant. A côté, les réseaux sont rapides, ouverts, l’information y est soudaine.

Une parution, papier, quotidienne, est fatalement reléguée au rang d’archive : l’information est périmée — dès l’impression — voire… déjà fausse. L’impression du quotidien est un modèle industriel du passé.

Lire l’interview du rédacteur en chef à l’Expansion, Bernard Poulet, auteur de « la fin des journaux« .

Aussi l’article de John Carlin dans Courrier International.

Autre dossier sur le même thème

Laisser un commentaire

Avatar

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous au blog

Afin de vous abonner et pour des raisons de sécurité, votre navigateur doit accepter les cookies et le JavaScript.